02/12/2011

Empathie

 

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Hier. Le bureau de l'homme. Dix heures trente. Premier rendez-vous. Un jeunot qui sort de l'unif, qui vient d'arriver dans la boîte et qui se plaint que sa voix n'est pas assez entendue dans le processus décisionnel. L'homme doit se mordre les lèvres pour ne pas s'esclaffer. Encore un dadais genre ahuri qui croit tout connaître et ne sait rien. Et donc l'homme compatit. Bonne chance mon pote et commande déjà ton kilo de valium à la pharmacie du coin, tu vas en avoir besoin. Midi. Sandwish jambon-mayo. Tellement croquant qu'il lui pète les gencives. Coca light pour faire passer le machin. Treize heures trente, réunion. Projets, budgets, planning pluriannuel jusque dix-sept heures. Tête comme un tram. Ensuite le parking souterrain. La voiture. Trois-quarts d'heure pour sortir de la ville. Puis un demi-heure d'autoroute. Tout ça pour 30 km. Le vent, la pluie, le nez de sa caisse collé au parechoc arrière du petzouille devant lui qui glandouille à du 120. Ses grands phares qui allument plein l'habitacle du mec comme si une grenade venait d'y exploser. Dégage, pas que ça à faire. Pourtant pas du tout le style de l'homme, ça, normalement d'un naturel affable, poli, bien élevé et tout, mais qui, une fois dépassé son quota de stress, a l'amabilité d'une tronçonneuse. Son GSM qui sonne et qu'il laisse sonner. Dix-huit heures trente. Le Delhaize. Demain (c'est à dire aujourd'hui) c'est la manif contre les mesures d'austérité. Des milliers de barjots avec des drapeaux, des sifflets, des pétards et des pancartes viennent squatter la ville, pour protester contre des décisions prises par des mecs pour qui ils ont eux-mêmes votés et qui vont, protestations ou pas, de toute façon les plumer jusqu'à l'os. Comme tout le monde d'ailleurs. Et donc l'homme n'a pas envie de passer sa journée dans les embouteillages et donc il a décidé de rester chez lui et donc il doit acheter à bouffer. Le GSM qui sonnait tout à l'heure, c'était Jade. L'homme la rappelle. C'était juste pour demander ce qu'on allait bouffer ce soir. L'homme n'a pas la moindre idée, n'en a rien à cirer et s'en fout complètement. Prend-moi une pizza, qu'elle dit. L'homme lui prend une pizza. Dix-neuf heures. L'homme débarque chez elle. Il pleut et il est trempé. Fatigué. Exaspéré. Exténué. C'est pas une vie, qu'il lui dit, à Jade. Qui lui répond que la pizza qu'il lui a prise est une pizza jambon-champignon et qu'elle préfère une pizza végétarienne, et qu'il sait pourtant bien qu'elle préfère une pizza végétarienne et pourquoi alors qu'il lui a pris une pizza jambon-champignon et pas une pizza végétarienne, hein? Bref, juste ce qu'il fallait lui dire, à l'homme. Qui lui dit qu'il va dans son appart à lui, un étage au-dessus, juste pour calmer le jeu. Pour respirer, prendre une douche bien brûlante et une bière bien fraîche. Ou deux. Ou trois. Non mais c'est vrai, et ça l'a déjà frappé, l'homme, chez plusieurs nanas qu'il a connues, et il en a connue quelques unes, c'est à certains moments, en certaines circonstances, une curieuse absence d'empathie, un court-circuit niveau jugement, un décalage émotionnel, une appéciation complètement erronée de certaines situations. Attention, hein, c'est pas de la méchanceté ou un truc du genre, pas du tout, mais simplement une incompréhension. Au moment où on en a justement le plus besoin, de compréhension. Bizarres, parfois, les nanas...

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