11/11/2013

Inquiétude

 

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Aujourd'hui, 13 heures. Le GSM de l'homme résonne. C'est son fils. Qui téléphone depuis les Philippines. Le premier contact qu'il a avec lui depuis jeudi minuit. Juste quelques lignes sur Facebook pour dire qu'il y a un super typhon qui arrive droit sur l'île - où depuis un mois il encadre les touristes qui viennent y faire de la plongée sous-marine -, et qu'il n'est pas très rassuré sur l'affaire. Et puis, vendredi soir, les premières images à la télé. On parle de 3 morts. Et puis samedi matin, de 100 morts. Et l'après-midi, sur CNN, de 1.200 morts. Et dimanche, de 10.000 morts. Entre temps, l'homme téléphone à son fils, lui envoie des messages sur Facebook, des SMS, des mails: sans réponse. Et en même temps que le nombre de victimes, l'incertitude croît. Quand le gouvernement décide d'ouvrir un centre de crise avec un numéro de téléphone spécial et tout, quand le JT parle de 100 belges dont on a pas encore de signe de vie, l'homme a comme l'impression de jouer dans un film. Un mauvais film. Appel au centre de crise, communication des coordonnées du fiston, numéro de son GSM, de sa date de naissance etc etc. Niveau famille, amis, connaissances, ça communique dans tous les sens. Niveau média sociaux, y a surchauffe. Le smartphone de l'homme, l'i-pad de Jade, ne cessent de s'allumer, de faire bip, tuut, ring. Résultat: vu que, à chaque fois, les seules nouvelles qu'on a c'est qu'on a pas de nouvelles, au fil des heures on s'alimente les uns les autres en craintes, au fil des jours on se file et se refile ses peurs. Si bien qu'au final, il faut non seulement lutter contre ce qu'on redoute le plus mais aussi contre la paranoia. Jusqu'à hier soir où, via via, l'homme est informé que tout est ok, même s'il n'y a pas eu contact direct. Et aujourd'hui le coup de fil libérateur. Aaah, ça doit être terrible, terrible, pour ceux et celles qui restent parfois pendant des semaines, des mois, des années, sans nouvelles de proches, disparus, enlevés, en fugue, capturés, faits prisonniers, en fuite, déportés, tués. C'est que l'inquiétude est comme un monstrueux parasite, un énorme vers solitaire. Qui mange avec vous, boit avec vous, se déplace avec vous. Qui n'empêche nullement de fonctionner mais qui vous bouffe de l'intérieur. Si bien que cette après-midi, tout vides, tout décompressés et tout à fait épuisés, Jade et l'homme se sont endormis dans le canapé. Enfin rassurés.

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