07/11/2012

Temps

 

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Ce matin, à 6h26, il faisait noir et l'homme dormait. A 7h26, il faisait noir et l'homme roulait à 160 km/h sur l'autoroute. Et se demandait, putain, mais qu'est-ce que je fous de ma vie, moi. Quelle perte de temps, tout ce temps qu'on ne vit pas. Et se demandait la même chose, mais alors quelques minutes plus tard, cette fois entouré devant-derrière-à gauche-et-à droite par des centaines d'autres loufs comme lui, comme lui avec leurs bouilles d'ahuris dans leur caisse en fer luisant et comme lui complètement à l'arrêt. S'est demandé aussi comment serait sa vie s'il ne bossait plus. S'il était à la maison, pour de bon, ce qu'il ferait. S'il serait plus heureux. Alors il s'est vu se lever peinard à 10h. Traîner dans l'appart. S'asseoir dans son fauteuil. Avec, devant lui, une journée complètement vide à remplir. Se demandant comment la remplir. Mater la télé, lire la gazette, éplucher les patates? Et il s'est entendu penser. Et soupirer : putain, mais qu'est-ce que je fous ici, moi. Quelle perte de temps, tout ce temps qu'on ne vit pas. Puis il est revenu au présent. A sa bouille dans le reflet rouge-orange du tableau de bord, à la radio qui joue en sourdine et au ron-ron de l'airco, et s'est dit : et si, en fait, la vie entière n'était qu'une seule et colossale perte de temps? Quoi qu'on fasse! Aaah pas con, ça. Et curieusement, cette idée lui a plu. Et l'a calmé. 

Et à force de se demander ce qu'il foutait là où il était, il s'est mis à fredonner "Mais qu'est-ce que je fous ici". Une chanson d'un mec qui s'appelle Antoine et qui date de... 1966. Apparemment, l'homme - qui à ce moment-là n'était pas encore un homme mais juste un sale gamin - se posait déjà la même question...

 

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