23/10/2012

Esprit

 

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La semaine passée, l'homme a tourné à plein régime et à fond les manettes : deux réunions par jour, et certains jours non stop du matin au soir, sans bouffer autre chose qu'une gauffre chopée d'un distributeur automatique au fond d'un couloir. Des journées entières à discuter avec - et ici l'homme tape au hasard dans les business cards qui jonchent son burlingue - des accounts managers, des partnership managers, des application team managers, des infrastructure manager, des sales managers, des business development managers, enfin, vous avez compris, avec des managers. Attention, il dit pas ça pour frimer ou parce qu'il a attrapé le melon, hein. Pas du tout. Au contraire. Il dit ça because ça lui fout le bourdon, au mec. D'autant qu'il est arrivé à un âge où on prend plus grand chose au sérieux. A commencer par soi-même. La preuve ? Ben justement, voila-ti pas que pendant un de ces marathons du blabla, le barjot assis à côté de lui, et comme lui pompé jusqu'à la moëlle par le délire ânonnant du consultant de service, lui montre un petit ruban - une lichette, comme on dit chez nous - cousue au bas de sa magnifique chemise Esprit, et sur laquelle y a écrit : this moment is your life. Alors ils se sont regardés et se sont marrés un bon coup. Du moins dans un premier temps. Car tout de suite après, se sont plus marrés du tout : si ce moment est notre vie, ben, alors là, on a comme un souci, qu'ils ont dû se dire, tous les deux. Au point que, tout de suite après, le mec à la chemise s'est penché vers l'homme pour lui dire tout bas "me taille moi, vais chercher ma petite fille à l'école", avant de se lever et de dire tout haut "messieurs, excusez-moi, mais j'ai un rendez-vous urgent, je dois vous laisser". Et cinq minutes après, l'homme a fait de même : "désolé mais je dois encore me rendre à un entretien tout à fait incontournable, continuez sans moi". Là-dessus il est descendu au parking, a pris sa caisse et est rentré chez lui décapsuler vite fait une bière bien fraîche dans son fauteuil.        

13:04 | Commentaires (2) |

Commentaires

C'est tout beau ça !
Tout en restant poli et courtois, se casser d'un truc qui patauge...

Écrit par : Moi | 24/10/2012

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Génial :-)

Écrit par : Marc | 24/10/2012

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