02/06/2012

Sans

 

un-jour-sans.jpg

Pas vraiment le jour de l'homme, hier. Le matin il devait se taper un des innombrables comités de pilotage (SteerCo, de steering committee, comme disent ceux qui veulent en jeter en anglais) / comités d'accompagnement (Comac, comme disent ceux qui veulent en jeter en français) / groupe de travail (GT comme disent ceux qui veulent en jeter en abrégé) et dont il est selon les cas, le président/médiateur/facilitateur/membre ou un truc du genre, z'avez qu'à rayer les mentions inutiles. Comme sur ce coup c'était un gros machin qui ne se réunit que tous les trois mois et auquel il avait en plus invité son boss, il s'était super bien préparé. Et donc le voila qui accueille tout le monde, qui remercie tout le monde et bla bla bla, et puis se lance dans le petit discours genre pep-talk qu'il avait soigneusement écrit, dont il avait minutieusement pesé et soupesé les effets, les images, les mots et les bons mots, et qu'il s'appliquait à présenter comme s'il lui venait à l'esprit à l'instant même - facile, suffit de parler lentement, voire même de s'arrêter de temps à autre question de faire semblant de chercher ce qu'en fait on connaît par coeur - lorsque, au moment précis où il allait lancer la pointe, brillante, de son discours, voila-ti pas que la porte de la salle s'ouvre brusquement dans son dos et rentre une bonne femme qui lance tout de go : "m'escouze, z'apporte il caffè, souis oune po in ritard et donque souis là maintenang avec les boissong". Du coup la pointe de l'homme part en vrille et tombe à plat, style plongeur qui prend une pelle et s'écrase splààààtch à plat ventre dans la flotte. Heureusement, il en avait réussi une toute belle juste avant, ce qui a tout de même limité les dégâts. Dégâts qu'il a encore plus limité en passant vite fait d'abord la parole à son boss et ensuite à l'ordre du jour...

 

Après dix milles "moi je pense que", "moi je dis que", "moi j'estime que" éructés à tour de rôle par les participants qui participaient de manière très participative, et après les avoir d'ailleurs remerciés pour leur participation, l'homme clôture la séance. Un coup d'oeil à sa montre. Nomdidju de nomdidju il est déjà 13 heures. Il déboule dans son bureau, lit en diagonale la chiée de mails qu'il a reçus entre-temps, éteint son ordi et sprinte vers les ascenseurs. Pas une seconde à perdre, doit absolument passer au garage because loupiote avant gauche de sa caisse pétée et donc faut réparer avant le weekend. Faut dire qu'à force de rouler à fond la caisse et de jouer des phares, sont toujours vite usés, ses lampions...

 

Enfin le voila qui déboule dans l'appart. Jade est allongée dans le canapé. Anéantie, annihilée. Passée chez le médecin, rhume des foins, allergie, asthme, les soufflets essouflés, sait pas respirer, a le nez qui coule, les yeux qui coulent, le moral qui coule. Et l'homme qui n'a toujours rien bouffé de la journée, qui crève la dalle, qui se réjouissait déjà de faire tantôt un petit resto sympa... et ben t'oublies. Avec tous ses médocs, Jade est complètement dans le gaz, pas faim, me sens moche. Et c'est donc au rayon traiteur du Delhaize qu'on le retrouvera peu après, le mec. Barquettes, micro-ondes et à la télé des feuilletons pour rigoler qui font pas rigoler...

 

C'est clair, y a des vendredis saints et puis y a des vendredis sans.              

                 

12:52 | Commentaires (0) |

Les commentaires sont fermés.