31/03/2012

Toilettes

 

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Comme Jade bosse dans le marketing et l'événementiel, elle avait reçu des invitations pour assister à la remise des prix, "awards" comme on dit pour rester branché, pour les meilleurs événements, "events" comme on dit pour rester tendance, de 2011. Et donc l'homme était lui-aussi de la partie. Alors quand l'association des organisateurs d'événements organise un événement pour récompenser les meilleurs événements organisés par le top des organisateurs d'événements, ben... ça fait un sacré événement hein. Caméras dans tous les coins, jeux de lumières genre lounge, musique à fond les manettes, "catering", comme on dit pour rester trendy, avec plein de petits pots avec dedans plein de petits trucs à bouffer avec plein de petites cuillères. Et puis surtout plein de beautyfull people, de yuppies, de jeunes requins, de vieux beaux, de nanas en peintures de guerre. Qui parlent et rient trop fort, avec trop de gestes et trop d'exhubérance pour être vrais. Personne n'est vraiment décontracté mais tout le monde fait de son mieux pour le paraître. La réception qui précède la cérémonie dure un bon deux heures. Y a du rosé, de la bière, toutes sortes de jus plus ou moins alcoolisés et c'est feu à volonté. Ensuite, dans la salle attenante, y a le machin protocolaire. La remise des prix. Podium, présentateurs, interview des nominés, présentation des "events" et des sponsors, et puis, pour le trophée de bronze, l'enveloppe, le suspense, les applaudissements, ensuite, pour le trophée d'argent, l'enveloppe, le suspense, l'enthousiasme, et finalement, pour le trophée en or, l'enveloppe, le suspense, and ze winner iiizzz, le délire dans la salle. La singerie elle-aussi dure un bon deux heures. Et les derniers mots résonnent encore dans l'auditorium que c'est déjà le rush. Pas direction catering et party, non non, direction... toilettes. Chez les nanas, c'est la cohue. La bousculade. Le moi d'abord, sais plus attendre. Chez les mecs c'est du kif, en file indienne, attendant qu'une place se libère entre la dizaine de petzouilles alignés face au mur, à tour de rôle descendant et remontant des tirettes, secouant frénétiquement des appendices soulagés. Bref, l'homme n'a jamais vu une telle concentration de sphincters contractés, de périnées sous pression, de muscles obturateurs serrés à bloc, d'orifices de miction stressés. Aaah la condition latrinaire, ultime et éternelle source d'égalité. Et d'humilité aussi... 

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29/03/2012

Sourire

 

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Ce matin, dans les files, l'homme se trouvait arrêté sur la bande de gauche, juste à côté d'une affolante blondinette dans une petite Kia ou était-ce une Clio ou une C4, n'en sait rien le mec, et n'en a d'ailleurs rien à cirer vu que c'est pas vraiment la bagnole qui a retenu son regard, d'abord plus ou moins hagard et tout de suite après carrément ringard, voire même égrillard. Alors comme il se trouvait dans un goulot et qu'il lui fallait passer dans la bande de droite, il lui a envoyé son sourire 84 bis, celui qui tue et qui rend fou, accompagné d'un clin d'oeil complice genre est-ce que je peux m'intercaler devant vous? Là-dessus elle lui a adressé un sourire en retour, avec un petit signe de la main, allez-y. Aaah ça fait tout de même du bien par où ça passe, hein, le sourire d'une nana... Et l'homme de partir dans un délire genre est toujours un peu là, hein, le gars, avec son charme et tout... Emballe sec, le mec... Pas demain la veille qu'on le foutra dans le placard à balais, hein, ze man... Still got it, comme on dit chez les Goths. A moins... à moins évidemment qu'elle se soit dit je vais le laisser passer, ce croûton ridé, avant qu'il n'emboutisse ma caisse... déjà qu'il n'a plus de tifs, si ça se trouve il n'y voit que dalle aussi... Et puis ce sera ma bonne action de la journée : céder le chemin à un petit vieux. Aaah pas impossible, ça... Mais bon, on peut toujours rêver, non ?         

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27/03/2012

Percussion

 

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Alors hier soir Jade a emmené l'homme à un spectacle de percussions japonnaises. Un truc qui s'appelle Clodo, Kodô ou un truc du genre. Au Bazar... euh... au Bizar... euh... non, attendez... aah oui, au Bozar, c'est ça, le Bozar. Aaah percutantes, hein, les percussions japonnaises. Des percussions à profusion en plus. Une douzaine de chinetoques du Japon qui cognent avec des petits bâtons, des gros bâtons, toutes sortes de bâtons, à bâtons rompus sur des petits tambours, des gros tambours, des tout petits tambours, des énormes tambours, bref toutes sortes de tambours, ça vous pète dans les pavillons, hein ça. Surtout quand on est assis tout devant, à la troisième rangée, à cinq mètres max de la scène. En ont pris plein les trompes d'Eustache, les tympans, les marteaux et les enclumes, hein, le duo Jade-L'homme. Maintenant faut dire aussi, du spectacle de première, hein. Tout en puissance, en énergie, en synchronisation. Avec après le dernier boum badaboum boum boum un tonnerre d'applaudissements, tout le monde debout, l'enthousiasme délirant. Suivi d'un boum badaboum boum boum bis pour remercier le public. Et ensuite d'un boum badaboum boum boum toute la nuit, dans la tête de l'homme, qui s'est levé aux aurores avec une bouille en bouillie et là où y avait son cerveau un bloc de ciment de chez béton. Aaah la culture, c'est beau. Mais attention hein, ça demande des sacrifices...  

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24/03/2012

Clo-Clo

Aaah Clo-Clo, on aime ou on déteste. L'homme aime. Because Clo-Clo avait du goût et de la classe. Because chantait des trucs simples mais qui sonnaient justes. Pas de grandes paroles ni de musiques alambiquées mais du boulot bien fait, des chansons bien ficelées, du travail de pro. Aimait aussi son côté perfectionniste, l'homme, non seulement sur scène mais aussi au niveau business. Car c'était aussi un homme d'affaires qui avait du flair et qui savait y faire (presque un texte de chanson, ça... encore un petit coup de musique et l'homme vous pond ici même, et en live, le tube de l'été, comme ça, vite fait... Aaah encore une idée ça, pourrait mettre du texte sur son blog et trouverait bien dans la blogosphère l'un ou l'autre petzouille à guitare pour y mettre des notes dessus... A creuser, ça...). Et puis aussi s'est pas laissé écraser par sa popularité, n'a pas sombré dans l'alcool, la drogue ou la dépression, le mec. Est toujours resté solide dans sa tête et bien dans sa peau. L'homme l'a vu deux fois sur scéne. Somptueux que c'était. Du délire. Du tout beau spectacle. Se souvient aussi très précisément de ce jour fatidique où Claude François a perdu la vie. C'était un samedi ensoleillé. L'homme l'a appris en fin d'après-midi, dans cet appart du douzième étage où il vivait seul, après que sa première femme l'ait plaqué pour un autre. C'est qu'une femme a besoin d'un homme, pas d'un gamin. Qu'il ait 25, 30 ou 50 ans... Enfin bref, il se rappelle de tout. Et non, il n'ira pas voir le film sur Clo-Clo. Parce qu'il a connu le vrai et ne pourra être que déçu par le faux.

 

Allez chantez et dansez-moi ça :

Viens à la maison, y a le printemps qui chante

Viens à la maison, tous les oiseaux t'attendent...

 

(et en plus c'est vrai, c'est le printemps...)

 

        

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22/03/2012

Réalités

 

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L'autre nuit, l'homme a rêvé. Et dans ce rêve, il a rêvé qu'il rêvait. Qu'il rencontrait des gens. Des gens de chair et d'os, qu'il pouvait toucher, physiquement toucher. Qui étaient bien vivants et bien réels. Mais alors dans une réalité jusque là inconnue. Et comme c'était tout à fait impossible et absurde, il s'est regardé dans un miroir, comme pour ce persuader que justement, il ne rêvait pas, qu'il était bien éveillé et qu'il se trouvait dans un monde réel. Et là il a vu son visage. Un visage distortionné, qu'il reconnaissait à peine. Avec des pupilles dilatées. Et toutes jaunes. Alors il a été pris de panique. Il lui fallait absolument sortir de cette réalité avant qu'il ne soit trop tard, qu'elle ne se referme sur lui et ne devienne définitive, irréversible. Ce n'est finalement qu'au prix d'un énorme effort qu'il est alors parvenu à s'extirper de cette autre réalité pour retourner enfin dans son rêve de départ, et finalement se réveiller dans son environnement familier.

Cette expérience insensée a marqué l'homme. Comme s'il revenait d'une mission aux confins de la conscience. Ou au-delà de la conscience. Alors la question se pose : peut-être existent-t-ils plusieurs espaces-temps. Peut-être le big bang a-t-il eu un ou plusieurs echos, avec comme conséquence un ou plusieurs espaces-temps différés. Et donc peut-être y a-t-il  plusieurs réalités. Et vivons-nous plusieurs vies, plus ou moins en même temps, plus ou moins consécutivement, mais à jamais parallèles et complètement séparées les unes des autres. Aaah sur ce coup vous vous dites sûrement que cette fois l'homme déjante du spirituel, qu'il dégoupille du spiritisme, qu'il abuse des pétards, bref qu'il débloque du cérébral. Peut-être... peut-être... mais c'est pas la première fois que le poète a raison avant la science hein... Bon d'accord, l'homme n'est ni poète ni visionnaire ni un truc du genre, mais l'expérience qu'il a vécue, ben, il l'a tout même vécue...          

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20/03/2012

Neuropeptides

 

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Un neuropeptide, savez ce que c'est ? Allez, arrêtez de faire semblant d'être malin, l'homme va vous expliquer. Un neuropeptide est un neurotransmetteur cérébral, c'est à dire un machin dans le cerveau qui transmet des bazars à des trucs via des bidules genre chimiques, biochimiques ou autre brol du style. Z'avez compris maintenant ? Bien. Alors des chercheurs qui font dans la recherche - et qui sont d'ailleurs très recherchés - ont découvert quelque chose d'intéressant dans le cerveau des mouches. Naaan ? Si ! Ils ont trouvé que chez les mouches à qui on empêchait de copuler, non seulement le taux de neuropeptides F était particulièrement élevé mais qu'en plus celles-ci avaient comme une tendance à consommer en grandes quantités des aliments imbibés d'alcool. En d'autres mots, privées de relations sexuelles, elles sombraient dans la boisson. Ou vulgairement dit, chez les mouches, si tu baises pas, tu bois. Sait pas pourquoi, mais en lisant ça, l'homme n'est pas vraiment tombé de sa chaise. N'a pas vraiment été étonné, le mec. Because chez lui, ben... c'est exactement la même chose. Toujours été, d'ailleurs. Avec la difficulté supplémentaire qu'après un certain nombre de boissons alcoololoholisées, même s'il a l'occasion ben... il n'a plus envie, le gars. Neuropololopeptides ou non. Et lui a pas fallu de savantes études pour devenir un savant sachant ça, hein. Quoi ? Qui est-ce qui a dit, là-bas au fond, qu'il devait lui-aussi avoir un cerveau de mouche ? Non mais, un minimum de respect, hein ! Ah bon !     

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17/03/2012

Enfants

 

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Hier, journée de deuil national en Belgique pour les enfants morts dans ce tunnel suisse. Drapeaux en berne, minute de silence, glas. L'homme aussi s'est recueilli en silence. Et pendant cette minute il na pas seulement pensé aux enfants décédés dans cet autocar fatidique mais aussi aux enfants de Syrie, de Somalie, d'Ethiopie, de partout, qui meurent par autocars entiers, chaque jour, et pas accidentellement, pas en revenant de classe de neige, mais volontairement, par le feu et le fer, à cause de la folie meurtrière des hommes. Et qu'on enterre sans honneurs militaires, sans sonnerie de clairon et sans émissions spéciales du journal télévisé. Pour lesquels il ne faudrait pas une minute de silence mais des jours et des jours.

Quelle qu'elle soit, la mort est toujours et partout aussi insupportable, aussi injuste et aussi hideuse. Quelles qu'en soient les causes et les circonstances, la douleur des mères et des pères, des grands-mères et des grands-pères, des frères et des soeurs, des amis et des amies est universellement pareille. Mais c'est comme si la mort qui frappe dans nos contrées était plus tragique que celle qui fauche dans les pays lointains. Et ça, ça dérange l'homme.     

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