31/10/2011

Renard

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Aaah quel innommable gâchis que ce magnifique renard, étendu sans vie, sur le bord de la route... L'homme l'a photographié avec son smartphone, par la vitre baissée de sa voiture, alors qu'il était pour la énième fois à l'arrêt, dans une énième file, à la fin d'une énième journée de boulot, sur le énième chemin du retour. Quel douloureux contraste que ce splendide animal, mort, hideusement exposé au milieu du vrombissement assourdissant de milliers de moteurs, dans la puanteur insoutenable de milliers d'échappements, dans les éclats métalliques de milliers de carrosseries rutilantes, lui qui devrait gambader dans la liberté et l'immensité des champs et des forêts, uniquement bercé par la douceur des chant d'oiseaux, le doux bruissement du vent dans les branches feuillues et le murmure des ruisseaux chatoyants doucement dans la pénombre des bois. Alors l'homme a ressenti comme une colère. Mais qu'est-ce que t'es venu foutre ici, hein, le renard ? Pourquoi t'as quitté ta belle nature pour la ville et la fureur et la folie des hommes ? Pouvais pas rester peinard dans ta campagne comme tous les autres de ton espèce, non ? Et puis, comme souvent après la colère, est venue la tristesse. Le dépit, devant tant de beauté gaspillée...

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29/10/2011

Jours

 

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Avec le temps, les jours prennent de plus en plus de valeur. Au début y avait juste les samedis qui étaient importants because on sortait et les dimanches because on pouvait se la couler douce. Les autres, on s'en foutait because on bossait, on devait faire plein de trucs, on était à la bourre. Et donc, comptaient pas. D'autant que, des jours, on en avait des tas. Innombrables, qu'ils étaient. A ne pas en voir la fin. A ne savoir qu'en faire. Mais à un moment donné on se rend compte qu'on doit faire gaffe. Qu'il faut plus trop gaspiller. Arrêter de les jeter à la poubelle. Car un jour c'est pas comme une bouteille de plastique vide qu'on cale dans un grand sac bleu, jaune ou vert pour être recyclé. Une fois passé, un jour, ça ne se recycle pas. Ne revient pas. Ne revient plus jamais. Sauf en souvenir. Et encore. Qui se souvient de tous ses jours, hein ? Non non, grand temps de vivre ses jours. Tous ses jours. Et, si possible, pleinement. Car avant qu'on ne s'en rende bel et bien compte, ce ne seront plus les jours qui deviendront précieux, mais les heures.   

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27/10/2011

Facebook

 

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Voila, ça y est, l'homme a changé son profil sur Facebook. A modifié sa situation amoureuse de "c'est compliqué" en "en couple". Ce qui est tout à fait con puisque, en fait, c'est la même chose. Est d'ailleurs bien placé pour le savoir, le mec, vu que ce ne sera jamais que la quatrième fois de sa vie qu'il va vivre ensemble avec une nana. Soit une moyenne de dix ans de vie commune par frangine. Une durée de conservation relationnelle somme toute honorable, vu que la durée moyenne des mariages est de onze ans et demi. Non non, dix ans pour un dernier tour de piste, ça devrait le faire. Devrait pouvoir tenir la distance, le mec. Atteindre, pour une fois, le finish. Aaah avant, au moyen-âge ou un truc du genre, c'était pas difficile de rester ensemble toute une vie. On se mariait à vingt ans et à quarante on claquait de vieillesse. Et encore, si on avait la chance de survivre la peste, le choléra, la famine, les guerres, les croisades, l'inquisition, le bûcher et autres joyeusetés du même style. Aujourd'hui qu'on devient centenaire les doigts dans le nez, y a comme une différence. Ah mais attendez... si l'homme lui-aussi vit jusque cent ans, ça voudrait dire que statistiquement... ben... il aurait encore droit à trois ou quatre gisquettes - l'homme hésite à l'écrire mais flûte, il l'écrit tout de même - à sauter avant le grand saut. Aaah mais ça change la donne, ça... Maintenant il pige pourquoi tout le monde s'acharne à bouffer bio, 0% cholestérol, maigre, light, oméga 3-6-9, anti-oxydants et autres machins sanitairement sains pour la santé. C'est pas pour vivre plus vieux, c'est pour avoir plus de nanas...  

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25/10/2011

Physiologie

 

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Aaaah, l'angoisse, l'anxiété et tout ça, l'homme est un expert, hein. Il a vécu ça. Et vit ça encore. Et plus qu'à son tour. Paraît que ça a un rapport direct avec le fonctionnement du lobe préfrontal. Celui-ci possède la particularité de pouvoir faire des projections dans le futur. De générer des éventualités à venir. Y compris les plus inéluctables. Et donc aussi les plus désagréables. Et le préfrontal du mec dénommé l'homme est du genre hyper développé. Exemples vécus. L'homme a fait l'amour. Il se sent super bien, top, zen, cool et tout. Mais pas pour longtemps. Because tout soudain y a son préfontal qui lui fout tout en l'air, et lui souffle cyniquement : " Et dire qu'un de ces quatre toute cette belle tuyauterie se ramollira pour de bon...". Ou quand il est au volant de sa caisse, bien calé dans le cuir, bercé par le ronronnement du moteur, savourant la route qui se déroule mollement sous ses roues, et que son préfrontal vient perfidement lui sussurer : "Un jour, tout ça ne sera plus qu'un souvenir, mon pote. D'accord tu rouleras encore, mais ce sera en chaise roulante, mon p'tit gars". Ou quand il est au resto, en admiration devant le faisan à la brabançonne qui fume dans son assiette et le Chasse-Spleen 2003 qui rougeoie dans son verre, et que ce lobe à la con vient lui ravager son plaisir en visualisant, l'espace d'une seconde, la tite tartine toute sèche, la tranche de Leerdammer light et le verre de Spa bleu du home Saint-Joseph. Aaah avoir un cerveau c'est bien, dommage qu'il soit aussi chiant.

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23/10/2011

Octobre

Octobre, ces feuilles rousses qui tombent, ces volutes de brumes qui s'élèvent, ce soleil qui s'éloigne, cette nostalgie qui s'invite et Cabrel qui chante : je t'offrirai des fleurs et des nappes en couleur pour ne pas qu'octobre nous prenne...

 

09:27 | Commentaires (0) |

21/10/2011

Chantilly

 

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Prendre de la crème double et la mettre dans une terrine. Ajouter du lait et bien faire refroidir au frigo pendant environ une heure. Ensuite fouetter la crème avec un fouet souple jusqu'au moment où elle reste collée aux branches du fouet. Enfin, joindre le sucre en poudre vanillé. Non, z'êtes pas gourré de blog, z'êtes pas sur le blog "La cuisine de Mamy" ou "Les recettes de Tante Julie" ou un truc du genre. Si l'homme vous file ici la recette de la crème Chantilly c'est tout simplement parce qu'il emmène Jade à... Chantilly, pour un p'tit weekend prolongé. Voila. Comme ça, vous savez tout. Quoi ? Non, l'homme ne dira pas à quel hôtel. Pas envie de se retrouver devant une foule de fans en délire, de nanas en pâmoison ou de gisquettes se jetant, tout excitées, à ses pieds, le mec. D'autant que Jade est un rien jalouse. Non non, veut pas d'ennuis, l'homme. Quoi? Faut pas rêver ? Pffff, dommage...

13:54 | Commentaires (0) |

19/10/2011

Sympathie

 

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L'homme l'a déjà écrit, il roule avec une caisse de bourgeois, il porte des costards de bourgeois, il habite un immeuble de bourgeois, il mène une vie de bourgeois mais, dans sa bouille, il est tout sauf un bourgeois. En fait il est devenu bourgeois sans le savoir. Sans le vouloir. Les choses de la vie. On s'endort tout jeune, la tête pleine de poèmes maudits, de chants révolutionnaires, d'avenirs égalitaires et on se réveille vieux et... bourgeois. Heureusement la fibre de l'indignation, de la révolte, devant l'injustice, l'iniquité, ne meurt pas. Elle reste. Persiste. De là la sympathie de l'homme pour les indignatos, pour Occupy Wall Street et autres machins du genre. Non mais c'est vrai, s'il est clair que les banques sont indispensables à l'économie, le prêt et l'emprunt étant vitaux pour chacun en particulier (sinon comment acheter une maison) et pour la société en général (sans investissements, pas de boulot), le système financier ne doit pas oublier non plus qu'il travaille avec l'argent des autres. Que le pognon que les banquiers investissent n'est pas le leur mais le pognon des gens, de vous et moi. Et que le pognon de chacun doit être rentabilisé au profit de tous et pas uniquement des michetons dans les conseils d'administration. C'est parce que la finance a utilisé à outrance l'argent des autres pour son propre enrichissement qu'on en est arrivé là. Je veux bien qu'on doit pas bosser pour rien, mais de là à se tailler avec la caisse... Et avec en plus un déficit démocratique d'ici aux pyramides de Gizeh, puisque ceux qui confient leur pognon, n'ont strictement aucun contrôle ni sur l'utilisation de leurs propres sous ni sur ceux qui sont censés les gérer. Plus même, on en est arrivé au point que le simple petzouille doit renflouer avec ses impôts son propre pognon claqué par la connerie de mecs dont il ne connaît même pas le nom. Le crime parfait, quoi. Alors l'homme dit haut et fort : les indignatos ont raison d'être indignés. On a tous été roulés et il est temps que ça change.

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